Paul Desveaux / Cie L’héliotrope


Quand je suis dans mon tableau, je ne suis pas conscient de ce que je fais. Ce n’est qu’après avoir pris le temps de « faire connaissance » que je vois ce que j’ai entrepris. Je n’ai pas peur de faire des changements, de détruire l’image etc., car le tableau a une vie qui lui est propre. Je tente de la laisser transparaître. Ce n’est que lorsque je perds contact avec le tableau que le résultat est raté. Sinon il n’y a que pure harmonie, un échange facile, et le tableau est réussi.
My painting, Jackson Pollock

Entre le génie de Jackson Pollock et l’esprit de Lee Krasner, entre l’inhibition du premier et la frustration de la seconde, entre la difficulté de penser l’abstraction et le geste instinctif du peintre, entre le cowboy de l’Arizona et la petite juive de Brooklyn… se révèle ce chemin qui nous mène à la mort de Jackson Pollock en 1956 à l’âge de 44 ans.
Nous pourrions appeler cette pièce «tragédie contemporaine» mais, sous la fable, un seul sujet traverse le texte : la question de la création.
Comme Sartre et Beauvoir ont pu l’être pour la philosophie et la littérature, Pollock et Krasner sont devenus les sujets de cette question.
Ils ne sont déjà plus seulement homme et femme. Ils sont des figures transcendées par les multiples constats et interrogations sur l’acte artistique.

Voyage à New York

C’est au cours d’un voyage à New York en 1997 que j’ai découvert les tableaux de Jackson Pollock. Il y avait une exposition rétrospective de ses œuvres au Whitney Museum. Jʼai été fasciné par la force du mouvement, lʼimmensité des tableaux. Ils donnaient à voir une abstraction sensible; notamment ceux de la période des drippings. Il est fort probable que les lignes, la constellation des couleurs, avaient sur moi un grand pouvoir d’évocation. Ce même pouvoir que l’on retrouve dans la nature quand, dans l’organisation des arbres, des brins d’herbe, et plus communément dans la forme des nuages, nous apercevons un motif. Alors s’ouvre un pan de notre imaginaire que nous pourrions laisser courir à l’infini puisquʼaucune forme reconnaissable ne saurait l’arrêter.
Je me suis donc intéressé au processus employé par le peintre. A l’époque des fameux drippings, Pollock peignait sur une toile posée à même le sol. Il déversait des fils de peinture à lʼaide dʼun pot et dʼun morceau de bois. Il exécutait ainsi une sorte de danse, une chorégraphie improvisée dont la matière organique du geste se retrouvait dans le dessin de la toile. Jʼai tout de suite entrevu la possible théâtralité de cette méthode. Mais à lʼépoque, je ne voyais pas encore comment lʼexploiter. Il a fallu que je lise sa biographie, et surtout que je dessine une première scénographie, pour comprendre quʼil existait bien là une matière propice au théâtre.
A travers son parcours chaotique, j’ai découvert un autre personnage sans qui Jackson Pollock n’aurait jamais pu atteindre un tel degré d’abstraction : sa femme, Lee Krasner. Elle aussi était peintre et avait reçu, avant de rencontrer Jackson, les
compliments d’un Mondrian que l’on savait peu prolixe en la matière. Je ne sais si c’est pour rendre justice à une femme qui a sacrifié une partie de sa carrière au profit, certes, d’un des plus grands peintres américains; ou encore, parce que c’est avec Lee Krasner que Jackson Pollock eut les échanges les plus passionnants, mais je les ai imaginés tous les deux dans l’atelier. Seuls.

Paul Desveaux


DISTRIBUTION

texte Fabrice Melquiot / publié aux éditions de LʼArche 
mise en scène et scénographie Paul Desveaux

avec Jim Fletcher & Michelle Stern

assistanat à la mise en scène Amaya Lainez
chorégraphie Yano Iatridès
musique Vincent Artaud
lumière Laurent Schneegans
costumes Laurence Révillion
images des Etats-Unis Santiago Otheguy
enregistrement de la musique (Frank Agulhon batterie, Vincent Artaud contrebasse, Patrice Cabon piano, Pierrick Pédron saxophone)


PRODUCTION

production Lʼhéliotrope
coproduction Abrons Arts Center, Le Tangram/Scène Nationale Evreux-Louviers
avec le soutien de l’Institut Français et the Cultural Services of the French Embassy in partnership with FACE Foundation, New York, part of the French Plays in Translation program


Photo

Pollock
crédit Elisabeth Carecchio


DOSSIER DE PRESSE


CALENDRIER

4 > 6 janvier 2019 • Abrons Arts Center • New York dans le cadre de l’APAP
24 & 25 avril 2019 • L’Etincelle • Rouen
30 avril 2019 • Le Rayon Vert • St Valéry en Caux